Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 10:05

Bonjour,

Quelle étrangeté de lire ici où là que Camus remonte à la surface de certaines mémoires pour une tentative de récupération dans une opération de « Panthéonisation » aux fuites bien orchestrées.
Nous sommes entrés dans la froideur de l’automne où tout brille des préparatifs des fêtes de Noël et nous serons bientôt en plein hiver.
A Paris, que nous avons coutume d’appeler notre village avec un ami pour y avoir traîné nos guêtres des années durant dans les rues humaines (parfois) et historiques, tout est naturellement froid en ce moment. L’habituel couvercle gris anthracite s’est refermé sur la ville étendue et l’atmosphère chargée de gaz d’échappement laisse pointer ici ou là quelques odeurs de crêpes entre les bâches transparentes ou les cris des vendeurs de châtaignes.
Les murs sont imprégnés de froid et l’humidité mène son combat habituel contre la chaleur du foyer intérieur.
Le Panthéon est majestueux et beau. Il veille en monstre de pierre sur la Mémoire des grands de la République à la manière d’un temple Grec en sentinelle sur le haut de la colline Ste Geneviève.
Ses pattes sont glacées et humides. En forme de niches froides, elles contiennent les catafalques des grands Hommes de la République reconnaissante : dépouilles gardées au cœur de cénotaphes de pierre toujours froide aussi.

Mais Camus : c’est le soleil.
Camus, c’est l’Algérie et les odeurs mêlées des communautés juive, chrétienne et musulmane.
C’est le bruit des vies populaires qui éclatent en multitudes sonores au dehors comme les gosses dans la rue courent soudainement.
C’est vivre ensemble où on est frère dans un respect mutuel mais où on ne devient pas forcément beau-frère pour autant, par respect ; par passion aussi.
Camus, c’est le peuple à la toile cirée et au verre de Pyrex, où on a peu mais où on a un cœur immense ; où l’on mange, où l’on boit et où l’on rit de rien.
C’est ne pas avoir le sou mais se divertir malgré tout.
C'est aller à la Nature, aux parcelles de vérité qu'elle recèle et, quand elle le permet : aller à la mer pour plonger ou s’amuser avec un ballon sur le sable chaud de la plage baignée de soleil.
C’est les découvertes amoureuses, les complicités de jeunes femmes brunes et belles, les retrouvailles dans le soir qui sent l'iode avec toujours la mer comme témoin.
C’est la chaleur présente partout, douce, rassurante et envoutante.
C’est le ravissement des sens qu’on ne peut pas toujours exprimer.
C’est le nomadisme de ceux qui découvrent l’Etude, y prennent goût et se lancent dans cette nouvelle forme de liberté qui les éloigne comme Ulysse de leur terre.
Une liberté magnifique et exaltante qui a un prix en forme d'errance.
C’est être et rester toujours de là malgré tout pour augmenter l'humain de cette richesse.
C’est le mythe de l’éternel retour au soleil et à la mer qu’on retrouve.
C'est tout sauf un enfermement dans un bloc de pierres froides à Paris.
Camus a très largement sa place au Panthéon de la République.
Merci Messieurs d’y avoir pensé, mais il n’est pas de là.
Fils de la Mer, du Soleil, du peuple, du vent et du Sud, il a nourri son œuvre de cette liberté paradoxale des enfants pauvres.
Le Panthéon de la Littérature Française lui suffit : laissez-le reposer en paix.
Le soleil veille sur lui à Lourmarin et les cigales comme les grillons l’accompagnent.
L’Histoire semble, de plus, lui donner enfin raison.
Patrick ESTEVE.

Par Patrick H. ESTEVE
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 16:24

Bonjour,

Si je devais résumer d'un mot la conférence de ce matin intitulée "L'Homme contemporain est-il un nomade ?" ce serait celui-ci : ému.
Oui, j'ai été ému de me rendre ce matin au Lycée, cet honorable établissement d'enseignement public que j'ai quitté il y a bien longtemps en qualité d'élève.
Emu de rencontrer une jeune professeure souffrante qui, la tête déjà dans ses cours de physique-chimie, se faisait un devoir d'être là : pour eux.
Emu d'être reçu et de faire le chemin à pied jusqu'à cette salle de classe en compagnie de deux enseignants.
Emu de voir arriver les élèves les uns après les autres, fragiles, encore endormis pour certains, la tête pleine de rêve et d'espoir ; de doutes aussi.
Emu et pétri de doute à mon tour à l'idée de ne pas savoir si les contours de ma personne et l'expression de mon visage, comme de ma voix, n'allaient pas dénaturer le propos que je voulais moderne, plein d'énergie et porteur de nouveaux champs d'investigation pour eux.
Emu quand les premières questions vinrent et quand les premiers éléments d'explication sur l'Altérité, le Tiers Instruit et les relations au sein du cyberespace se précisèrent ; ému de les savoir au coeur de l'analyse, acteurs autant que spectateurs.
Emu enfin par leur témoignage collectif et la justesse de leur pensée.
Au revoir,
Patrick ESTEVE.

P.S. : Vous pouvez accéder au diaporama en rubrique page ou en cliquant sur le lien suivant
Conférence "L'Homme contemporain est-il un nomade ?" Lycée Pierre et Marie CURIE de Menton. Seconde Européenne.
Encore merci Monsieur SITTER !

Par Patrick H. ESTEVE
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 14:21

Bonjour,

Un tout petit mot car je suis très pris par ailleurs en ce moment malheureusement : une expérience de ce qu'est la Chute d'Albert CAMUS, celle d'Icare aussi et le mythe de l'éternel retour : toujours.
Ce dimanche, tard, j'ai rendu une visite de courtoisie au site
www.accrodelamode.com (une amie pétrie de talent) où j'ai découvert les derniers dessins relatifs à une escale à Dubaï : des femmes intégralement voilées qui portent des chaussures et des accessoires "tendance".
Et voilà que la mode s'invite ex-abrupto dans un débat face à l'Altérité.
Je vous invite à mon tour à découvrir ci-dessous un échange inattendu, auquel l'amitié donne bonne mesure.
N'oubliez pas d'y faire un saut si cela vous intéresse. Nous sommes plein champ d'Altérité sous un angle original, peut-être le plus intéressant pour traiter de l'accroissement d'un phénomène qui interpelle les autorités françaises à juste titre : l'expansion du port du voile intégral en France.

"Le dimanche, 8 novembre 2009, 00:22 par Patrick ESTEVE.
On a beau avoir de belles chaussures sous ce genre de vêtement, il n'empêche qu'il négationne la personne humaine d'une manière intolérable. L'Autre, ici la Femme, n'est plus. Elle n'a plus la possibilité de montrer son visage, celui au travers duquel elle voit le monde, celui par lequel elle permet le surgissement de son monde intérieur. Je vous invite à lire Emmanuel LEVINAS, philosophe qui parle d'Altérité de manière très lumineuse. L'Altérité, c'est la rencontre de l'autre au travers de son visage, de son regard. C'est la possibilité d'assister à un surgissement de l'autre à soi dans l'expression que le visage offre de faire cette véritable rencontre. Je crois qu'on ne peut pas apprendre l'Altérité par les chaussures ou les chevilles, fussent-elles très sensuelles. C'est après l'invitation faite par le visage de la découverte de l'altérité que l'autre existe dans sa complétude. Où est-on quand on négationne l'autre par ce genre de vêtement ou par de l'acide qui détruit définitivement le visage de jeunes femmes ? Il est étonnant qu'on ne jette pas le voile ou l'acide sur les chaussures ou les chevilles pour laisser le visage intact. L'Islam est une religion ouverte, tolérante et pleine de richesse. Dans cette négation, on n'est pas en Islam. J'ai grandi à côté d'une famille tunisienne pratiquante et j'ai appris à leur côté la générosité de cette religion (je suis pour ma part un catholique athée). J'ai appris l'entraide et l'amitié fidèles. La mère de famille avait un visage magnifique, plein d'un sourire en forme d'invitation à la gentillesse. Je peux le retrouver facilement dans ma mémoire comme la bonté de cette famille où il régnait un véritable amour partagé. Pas de voile, encore moins de hijab ou de burka mais une invitation au dévoilement et à la culture. J'ai pu faire cette belle rencontre et les aimer amicalement parce qu'il y a eu ce surgissement qui nous a permis de nous connaître. Quand je rends visite à mes parents, je regarde s'ils sont présents et il m'arrive d'aller les embrasser pour voir s'ils vont bien. Ils sont seuls maintenant. Les enfants ont tous fait de brillantes études ; les filles en particulier. La mère a gardé son sourire magnifique et un regard bienveillant sur son visage vieilli mais toujours aussi beau. Elle porte toujours un tablier totalement démodé, comme si elle allait faire la cuisine à ses cinq enfants partis maintenant de la maison. Elle a gardé le même tic un peu gêné de frotter ses mains sur le devant de ce tablier. Merci Isabelle de créer les conditions de cet échange et de me permettre cet hommage."

"@ Patrick : merci de ta visite et ce commentaire "éclairant". Voilà une chose à laquelle je n'avais peu prêté attention. Sans le visage, on n'existe pas. En l' occultant, les salafistes savent donc ce qu'ils font... Effrayant.. On ne peut plus voir de sourire... Tu m'avais déjà parlé de cette famille tunisienne... En revanche, je ne connaissais pas l'anecdote de la maman au tablier... "

P.E.

Par Patrick H. ESTEVE
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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 08:36

Bonjour,

Pour faire suite au dernier article qui contient une partie de texte de Stig DAGERMAN, relative à la Liberté, contenue dans "La dictature du chagrin et autres écrits amers", fragments posthumes de l'auteur édité chez AGONE, je voudrais vous faire partager mon enthousiasme à la lecture de ces textes.

"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" m'avait laissé une très forte impression et avait nécessité plusieurs lectures tant il est d'une densité et d'une portée rares. 

Dans cette édition, Stig DAGERMAN écrit la Liberté avec subtilité, clarté et une luminosité toute particulière. Mais tout comme lui, on prend progressivement conscience que, finalement, nous sommes laissés nomades dans "la forêt des paradoxes". Comment en effet toucher ceux qui ne savent ou ne peuvent pas lire ? La boucle est bouclée avec l'excellent discours de JMG LE CLEZIO au NOBEL.

Il y a cependant une chose à retenir : pour atteindre le Peuple afin de lui procurer des éclairages fiables sur ce qu'est justement la Liberté, les moyens et les chemins d'y parvenir, il reste le roman. Mais le roman, et en particulier le romancier, doit être en mesure d'amener le lecteur à l'extrême clarté qui exprime la complexité de l'existence avec simplicité.

C'est une tâche immense et, une fois de plus, une oeuvre de dépouillement : en fait, le travail d'une Vie.

A bientôt,
P.E.


 

Par Patrick H. ESTEVE
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /2009 21:37

Bonsoir,

Juste un mot pour vous faire partager le texte de la 4ème de couv' d'un ouvrage de Stig DAGERMAN intitulé "La dictature du chagrin" édité chez AGONE.
Je le laisse à votre réflexion sur ce qui pourrait être un ou des passages de vie où la question de l'essentiel, de l'accessoire et de la Liberté est posée.
Stig DAGERMAN est d'une clarté et d'une portée rare à lire au travers des différents chapitres très courts de cet ouvrage.
Mais voici le texte :

"La contrebasse ou bien la flûte, chacun dispose d'un instrument avec lequel il pense pouvoir faire l'expérience de la liberté.
Il était une fois un homme qui possédait une contrebasse. Le soir, il s'enfermait dans l'unique pièce de son appartement et jouait pour lui-même, loin de sa jeune épouse. Il finit par savoir jouer assez bien pour devenir membre d'un orchestre de danse. Peu à peu, il devint tout à fait évident qu'il possédait l'étoffe d'un bassiste éminent. Bientôt, il s'enferma à clé le matin et le soir.
Mais il arriva un jour que le couple eut un enfant, un garçon. Au début, tout fut à peu près comme d'habitude : le père jouait, le fils pleurait et la mère ne disait rien. Mais le père finit par remarquer que l'enfant n'aimait pas cet instrument. Peu à peu le père se mit lui aussi à prendre en grippe les contrebasses. Il se mit à jouer de plus en plus mal, et ses camarades lui dirent ce qu'il en était.
- le petit d'abord, répondit-il"

A bientôt,
P.E.

Par Patrick H. ESTEVE
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Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /2009 23:18

Bonsoir,

Un mot après avoir vu le film de Christian CARION : l'affaire FAREWELL qui a suscité un réel intérêt jusqu'à la fin des années 80.
Hormis à saluer la performance des acteurs, et en particulier celle d'Emir KUSTURICA en charge de donner vie à Igor, Colonel du KGB en lien avec l'Occident, le film renvoie (pour ma part évidemment), à la source d'un totalitarisme déchu et à l'écho de l'oeuvre d'Hannah ARENDT (1906-1975), philosophe allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l'activité politique, le totalitarisme et la modernité.
Hannah ARENDT a travaillé de manière profonde, rigoureuse et toujours lumineuse à mettre au jour les origines du totalitarisme et ses racines dans la chronique d'horreurs ordinaires comme dans le régime nazi où "Le procès d'Eichman à Jérusalem" notamment avance que rien n'est possible sans la validation d'un système de portée idéologique.
C'est pour cela que, dans "L'Ellipse du Loup", j'ai écris : "je n'aime pas les systèmes car ils justifient, et justifier c'est dangereux".
Vous trouverez plusieurs ouvrages d'explications de l'oeuvre d'Hannah ARENDT comme le "ARENDT" de Anne Amiel (Editions ellipses).
On plonge dans le monde Arendtien avec le film de Christian CARION qui redonne vie aux fantômes enfouis de la guerre froide comme à la restition fidèle de ce que les services de renseignements sont à de nombreux égards inhumains.
Le film présente quelques défauts, comme toute action créative, mais permet, pour qui s'y retrouve, de sentir le socle Arendtien qui a pris appui pour ses développements, sur le régime nazi d'une part et sur le régime soviétique d'autre part.
Un film à voir donc et Hannah ARENDT à relire et à redécouvrir. Vous trouverez de quoi alimenter largement votre curiosité pour entrer dans son oeuvre qui nécessite d'être au clame. 
Je vous souhaite un bon week-end,
P.E.

Par Patrick H. ESTEVE
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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 11:18

Bonjour à tous,

Me voilà enfin en vacances de mon activité principale qui a connu d'importants rebondissements ces derniers temps et a programmé mon retour à Menton pour la rentrée de septembre.
Cela doit être un signe du destin et celui, avant coureur, de la publication d'un prochain roman car c'est dans cette ville du bout, dans la lumière du Bassin Mentonnais, que j'ai commencé mon activité clandestine d'écriture.
A l'aéroport de Nice où j'exerce encore pour deux mois, j'ai cependant pu lire lors de pauses déjeuner sous un olivier domestiqué dans un grand bac de bois placé en extérieur, au premier étage du terminal 1.
J'y ai découvert, entre autres, Fernando PESSOA et son "banquier anarchiste", plus quelques fragments de vie.
Sans le devenir vraiment (banquier... Anarchiste non plus), il est intéressant de lire la résignation de ce cadre qui explique comment il a pu contribuer à libérer une seule personne : c'est à dire lui-même, par la culture et la connaissance.
Peut-être pouvons-nous être des "banquiers anarchistes", chacun à notre niveau et se libérant par la connaissance, aider qui veut bien à se libérer aussi.
Mais je viens une nouvelle fois de faire l'expérience qu'on ne change pas les Hommes même en leur donnant attention, confiance, courage et don de soi.
Un autre homme m'a éclairé en me faisant remarquer ce qui précède et en me faisant découvrir une fable de notre indémodable Lafontaire : "La grenouille et le scorpion". Je vous invite à sa lecture. 
Mais revenons à Fernando PESSOA dont la veine de l'existence, comme celle de KAFKA notamment, le style de littérature et la vision du monde se rapprochent d'une geste qui me sied très bien.
Je vous souhaite un bon été et vous dis à la rentrée où j'espère vous annoncer la clôture de mon deuxième roman, clandestin et nomade, en même temps que le lancement du manuscrit, comme une bouteille à la mer, auprès des éditeurs. 
On ne devient que celui qu'on est.
A bientôt,
P.E.

Par Patrick ESTEVE
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Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /2009 13:59

Bonjour,

Qu'écrire en ce début de printemps 2009, une bien belle saison ? Que Vicente BLASCO IBANEZ est de plus en plus à l'honneur à Menton après y avoir été totalement ignoré ? Que je suis allé en Andalousie en passant par la terre natale de Blasco, celle de Valence ? Que l'Andalousie, un peu plus bas en Espagne, est à la hauteur d'un véritable hymne à la tolérance et à l'altérité ? J'opte pour ce dernier point.
Grenade est une ville magnifique. Elle offre une forme d'équilibre et d'éternité avec la somptueuse Alhambra et le mystère de ses murs qui recèlent bien des mythes comme ils reflètent le caractère d'une population qui a lentement sédimenté, à la fois calme, généreuse et ouverte au Monde. Le quartier maure fait face à l'Alhambra : c'est un endroit où il fait bon se perdre avant d'aller à la cathédrale qui parachève l'atmosphère sereine d'une ville que la Sierra Nevada garde fièrement, dressée en vigie enneigée toute l'année. Quand on arrive par le Nord Est, l'Andalousie offre une large variété de paysages et d'inombrables vallons recouverts d'oliviers et d'amandiers en fleurs, témoins silencieux de l'amour d'un Sultan pour une jeune andalouse de la Sierra Nevada en des temps très anciens. Cet homme devenu humble devant celle qui fit chavirer son coeur entier prit jusqu'à la décision de faire planter les environs d'amandiers à perte de vue depuis l'Alhambra pour qu'elle accepte enfin de le suivre avec la promesse qu'elle aurait toute l'année le spectacle de montagnes enneigées...
Séville est plus étendue et plus moderne. Elle abrite un Alcazar remarquable, fort en extérieur et particulièrement ciselé en intérieur comme la tradition architecturale maure d'Espagne l'exigeait ; et une Cathédrale spectaculaire d'une beauté particulière (la troisième au Monde en taille). On trouve également dans les jardins de la ville ancienne, les mêmes façons de bancs (recouverts de mosaïques) que ceux de Fontana Rosa à Menton (vous trouverez des photos dans les albums que je constituerai dès que possible), preuve s'il en fallait une que Vicente BLASCO IBANEZ avait tenté d'amener l'Espagne à Menton.
Cordoue semble moins belle en apparence au regard des deux autres villes mais elle recèle un véritable trésor : la mosquée-cathédrale. Elle est au coeur d'une population qui a souffert énormément à travers le temps (contemporain en particulier). Tout se réunit à cet endroit qui est celui de la rencontre et de l'apport des trois religions du Livre entre elles et celui qui m'a fait ressentir le plus d'émotions. Tout y est d'une rare beauté et d'une rare intensité. En proximité du quartier juif, tout proche, on peut aisément imaginer la présence d'Averroès, natif de Cordoue (Abu'l-Walid Muhammad ibn Rouchd, né en 1126, à la fois philosophe, théologien islamique, juriste, mathématicien et médecin arabe, dit Ibn Ruchd) et celle de Maïmonide, natif de Cordoue également (le rabbin Moshe ben Maimon, né le 28 mars 1138, francisé en Moïse Maïmonide, médecin officiant à la cour de Saladin, Philosophe, commentateur de la Mishna, légaliste, codificateur et Naggid - chef de la communauté des Juifs d’Egypte). Ils ont fait entrer l'un et l'autre Aristote dans leur pensée grâce aux traductions de disciples latinistes. Se sont-ils rencontrés ? L'histoire ne le dit pas, mais l'hypothèse est avancée dans un ouvrage de Jacques ATTALI intitulé "la confrérie des éveillés". En tout état de cause, Cordoue reste le point d'orgue d'une belle rencontre avec les origines et celle d'une convergence exceptionnelle. Elle porte également la trace d'un nomadisme forcé en 1492 par Isabelle la Catholique et l'intraitable Tomas de TORQUEMADA, premier grand inquisiteur. Pour en savoir un peu plus, laissez-vous donc guider par vos recherches qui vous mèneront inévitablement vers le désir d'arpenter les sentiers qu'offre l'Andalousie.
Je laisserai dès que possible quelques photos dans la rubrique albums où je vous invite à aller à la rencontre de la magnifique Alhambra de Grenade comme de la mosquée cathédrale de Cordoue. On y est transporté, dans tous les sens du terme.
A bientôt,
P.E.

Par Patrick ESTEVE
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Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /2009 16:55

Bonjour,

Je suis content de reprendre la plume (le clavier) quelques instants ce dimanche, pour faire partager une expérience de lecture que je vous recommande. En effet, comme probablement vous tous, je me suis intéressé au Nobel de cette année et en particulier à celui de Littérature car je savais qu'il y avait JMG LE CLEZIO en course, un auteur que j'ai particulièrement apprécié, que j'ai lu il y a plus de vingt ans et en filigrane ensuite aussi. L'homme est évidemment intéressant et se rapporte à ce que j'essaye de faire passer relativement au nomadisme.
JMG LE CLEZIO est un nomade à part entière ; je n'entrerai pas dans le détail de sa biographie que vous pourrez trouver sur l'Internet, mais il porte en lui le mouvement et quelque chose d'autre : l'amour d'être placé pas trop loin de la mer.
Son discours intitulé "Dans la forêt des paradoxes" m'a particulièrement ému. Il y établit le rapport de l'écrivain (un solitaire qui veut s'adresser au monde entier et être lu par les plus démunis et les plus humbles) à ceux qui, précisément, ne le liront jamais car ils n'ont pas accès au livre pour des raisons certes matérielles, mais aussi pour cause d'illétrisme et de famine. Alors, lutter contre la famine pour lutter contre l'illétrisme : il est bien rare en ces temps d'emballement médiatico-économique et politique que les choses soient dites et mises dans cette perspective.
Ne parlons pas alors d'ordinateur...
Je vous recommande de vous rendre sur le site du Nobel pour lire le discours de JMG LE CLEZIO, vous le trouverez en lien ci-dessous.
Il cite dans ce dernier un auteur suédois : Stig DAGERMAN.
Après une rapide recherche à son sujet, vous appendrez quelques bribes de sa vie faite de désespoir.
Je me suis procuré hier "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" qui a été réédité chez Actes Sud. Il s'agit d'un ouvrage de douze pages d'une densité rare. 
Merci à JMG LE CLEZIO, pour son oeuvre évidemment, pour celui qu'il est aussi et pour "Dans la forêt des paradoxes".
A bientôt,
P.E.

Discours de JMG LE CLEZIO intitulé "Dans la forêt des paradoxes" au Prix Nobel de littérature 2008 :
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2008/clezio-lecture_fr.html

Stig Dagerman : "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier". 
Vous pouvez avoir accès à ce texte au lien suivant :
http://pagesperso-orange.fr/chabrieres/texts/consolation.html ; mais on le trouve aussi à la Fnac...

Par Patrick ESTEVE
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /2008 09:30

Bonjour,

Eh oui, tout arrive... Les journées du patrimoine m'ont permis de me rendre dimanche dernier à Fontana Rosa, vestiges de ce qu'étaient les jardins et la demeure de Vicente BLASCO IBANEZ que j'ai découvert cette année. L'écrivain n'avait pas l'intention au départ de venir s'établir à Menton mais, à la faveur d'une invitation du Maire de l'époque, il a finalement goûté aux douceurs de la baie de Garavan, des Orangers et des Citronniers en fleurs de la belle saison qui lui ont rappelé son Levant natal et Valence : une madeleine de PROUST que l'Histoire nous fera regretter. En effet, à la mort de son épouse, Vicente BLASCO IBANEZ décide de se marier avec celle qui a emporté son coeur des années plus tôt, dont il ne se séparera jamais : helena. Mais BLASCO IBANEZ a des enfants et par extension un héritage. Helena restera d'une véritable beauté d'âme quand, à la mort de l'écrivain, elle décide de retourner à son Chili natal : le corps de Vicente BLASCO IBANEZ a été transféré sur sa terre d'Espagne devenue Républicaine après des funérailles nationales organisées à Menton et il ne reste plus à Helena que ses souvenirs enfouis pour seule attache en France. Elle décide de partir et on lui a refusé ce qui avait été promis : installer le buste de l'écrivain au bas de la vallée du BORRIGO, un buste qui erre à Fontana Rosa. Helena laisse avant son départ son usufruit aux enfants de l'écrivain et l'héritage s'exécute, emportant avec lui des parcelles de la propriété vendues à un promoteur immobilier qui bâtit deux immeubles dits "de standing" dans les années 70. Hormis le fait que Fontana Rosa ait servi de passage aux engins de chantier, l'ensemble a énormément souffert de l'abandon ; d'un abandon total qui a laissé place aux affres du temps et des voleurs. Ajoutons à cela que le "Maire-Général" de l'époque a pris la décision désastreuse en 1985 de faire détruire la maison de l'écrivain donc son âme : ampleur d'un nouveau gâchis réalisé dans la ville des citrons. Que reste-t-il de tout cela ? De cette vie fantasque et de cette forme de mégalomanie de Vicente BLASCO IBANEZ ? Des parcelles de jardin, la Fontana Rosa réhabilitée et le travail méticuleux et impressionnant d'un architecte de la Mairie de Menton soucieux de redonner aux lieux leur beauté et leur esprit d'antan. Après une telle visite, je reste partagé entre la satisfaction de voir ce qui reste retrouver progressivement vie (merci à la municipalité de Menton, même si cela démarre un peu tard) et l'immense tristesse de constater que le domaine et l'antre de l'écrivain ont été  à ce point abimés. Il reste à se promener au milieu de ce beau kaléidoscope de mosaïques, de constructions blessées mais encore dressées fièrement, de belles restaurations. Il reste aussi à s'assoir et à laisser souffler l'air de la mer qui vient, espérons-le depuis le Levant pour faire vieillir le tout et donner un peu de l'âme de Vicente BLASCO IBANEZ et de la République. Je me suis laissé aller au milieu de ce tout éclaté et j'ai pris quelques clichés que vous trouverez dans les albums photos.
A un autre jour,
P.E.
  

Par Patrick ESTEVE
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