Nomadisme
et Altérité.
Ecriture
et
information.
Patrick H. ESTEVE (FR)
Bonjour,
Quelle étrangeté de lire ici où là que Camus remonte à la surface de certaines mémoires pour une tentative de récupération dans une opération de « Panthéonisation » aux fuites bien
orchestrées.
Nous sommes entrés dans la froideur de l’automne où tout brille des préparatifs des fêtes de Noël et nous serons bientôt en plein hiver.
A Paris, que nous avons coutume d’appeler notre village avec un ami pour y avoir traîné nos guêtres des années durant dans les rues humaines (parfois) et historiques, tout est naturellement froid
en ce moment. L’habituel couvercle gris anthracite s’est refermé sur la ville étendue et l’atmosphère chargée de gaz d’échappement laisse pointer ici ou là quelques odeurs de crêpes entre les
bâches transparentes ou les cris des vendeurs de châtaignes.
Les murs sont imprégnés de froid et l’humidité mène son combat habituel contre la chaleur du foyer intérieur.
Le Panthéon est majestueux et beau. Il veille en monstre de pierre sur la Mémoire des grands de la République à la manière d’un temple Grec en sentinelle sur le haut de la colline Ste
Geneviève.
Ses pattes sont glacées et humides. En forme de niches froides, elles contiennent les catafalques des grands Hommes de la République reconnaissante : dépouilles gardées au
cœur de cénotaphes de pierre toujours froide aussi.
Mais Camus : c’est le soleil.
Camus, c’est l’Algérie et les odeurs mêlées des communautés juive, chrétienne et musulmane.
C’est le bruit des vies populaires qui éclatent en multitudes sonores au dehors comme les gosses dans la rue courent soudainement.
C’est vivre ensemble où on est frère dans un respect mutuel mais où on ne devient pas forcément beau-frère pour autant, par respect ; par passion aussi.
Camus, c’est le peuple à la toile cirée et au verre de Pyrex, où on a peu mais où on a un cœur immense ; où l’on mange, où l’on boit et où l’on rit de rien.
C’est ne pas avoir le sou mais se divertir malgré tout.
C'est aller à la Nature, aux parcelles de vérité qu'elle recèle et, quand elle le permet : aller à la mer pour plonger ou s’amuser avec un ballon sur le sable chaud de la plage
baignée de soleil.
C’est les découvertes amoureuses, les complicités de jeunes femmes brunes et belles, les retrouvailles dans le soir qui sent l'iode avec toujours la mer comme témoin.
C’est la chaleur présente partout, douce, rassurante et envoutante.
C’est le ravissement des sens qu’on ne peut pas toujours exprimer.
C’est le nomadisme de ceux qui découvrent l’Etude, y prennent goût et se lancent dans cette nouvelle forme de liberté qui les éloigne comme Ulysse de leur terre.
Une liberté magnifique et exaltante qui a un prix en forme d'errance.
C’est être et rester toujours de là malgré tout pour augmenter l'humain de cette richesse.
C’est le mythe de l’éternel retour au soleil et à la mer qu’on retrouve.
C'est tout sauf un enfermement dans un bloc de pierres froides à Paris.
Camus a très largement sa place au Panthéon de la République.
Merci Messieurs d’y avoir pensé, mais il n’est pas de là.
Fils de la Mer, du Soleil, du peuple, du vent et du Sud, il a nourri son œuvre de cette liberté paradoxale des enfants pauvres.
Le Panthéon de la Littérature Française lui suffit : laissez-le reposer en paix.
Le soleil veille sur lui à Lourmarin et les cigales comme les grillons l’accompagnent.
L’Histoire semble, de plus, lui donner enfin raison.
Patrick ESTEVE.